Chère Eugénie Bouchard

Personnellement, je ne sais pas à quoi ressemble vos journées. J’ignore aussi pourquoi elles sont génératrices de stress. Probablement qu’on vous demande d’être une gagnante, de remporter tous vos matchs, de soulever vos trophées pour être bien bombardée de flashs, de vous montrer un peu partout via votre compte Instagram, un verre de cocktail à la main ou faisant la moue quelque part dans vos habits commandités que le commun des mortels ne peut se payer.

Cependant, sachez qu’il y a des parents à bout qui aimeraient peut-être prendre la pose (et la pause!) dans des endroits paradisiaques comme dans le Sports Illustrated. Il y en a d’autres qui aimeraient aussi n’avoir qu’à affronter d’autres tenniswomen (ou tennismen parce que les pères aussi montent au front) plutôt que la maladie, des troubles comme l’autisme. Après le point de match, la vie continue : les entraînements, les 5 à 7, les voyages.

Mais la victoire ou la défaite n’a d’importance que pour les commanditaires. Lorsque vous aurez pris votre retraite, tout cela sera terminée. Vous pourrez dès lors passer à autre chose. Voyez-vous un peu où je veux en venir, madame Bouchard ? Nous, on ne peut pas parce que l’Omnium de la vie, c’est maintenant… et c’est tout le temps ! Autant pour les enfants que pour les parents.

Le match se dispute depuis tellement longtemps qu’il nous arrive de ne plus savoir à quel set nous sommes rendus !

Pour nous assurer que l’avenir de notre fils sera le plus radieux possible, nous sommes obligés, ma femme et moi, de faire des as à chaque service. Une balle, un as. Malheureusement, quand ce n’est pas le gouvernement qui renvoie la balle, c’est une spécialiste, c’est un directeur, c’est un professeur et j’en passe. On doit alors courir pour frapper la balle de nouveau.

Autour du court, la société nous regarde. Trop souvent, leur regard est très lourd et leurs remarques complètement disproportionnées et injustes. Nous avons mal aux pieds, mais on continue.

On ne se plaint pas. On ne “calle” pas une conférence de presse pour faire passer le message que ce n’est pas facile, le tout avec grand renfort de commanditaires, de pubs, de “regardez-moi” sur Instagram, etc.

Alors, que faire ?

Quelqu’un suggérait du bénévolat à l’hôpital Sainte-Justine, sur le vrai court. Pourquoi pas ? Sans doute allez-vous revenir sur terre, oublier un peu votre 76e classe au classement général des joueuses, retrouver un quelconque plaisir de jouer et reprendre là où la série noire vous a laissé tomber. De mon côté, je m’apprête à servir. L’école recommence le 28 août. On travaille encore l’autonomie. Souhaitez-nous bonne chance !

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