Cette phrase… Ou plutôt ce constat, ce jugement… C’est aussi un cri du coeur. D’un grand-papa ou une grand-maman qui veut le bien de son petit-enfant autiste, par exemple ; ou le souhait d’une bonne amie qui se refuse de voir souffrir notre enfant de sa “différence” et ce, de quelque manière que ce soit.

D’entrée de jeu, avouons ceci : c’est tout à leur honneur de vouloir le bien de Fils, mais cette phrase me fait… me fait… me fait… un peu…  : “Ne le dîtes pas devant lui qu’il est autiste”. Ah! S’il vous plaît! Je le prends plutôt mal.

Il n’y a même pas “essayez” là-dedans! Tout de suite, nous sommes soumis à un ordre : “ne le dîtes pas devant lui”! Un ordre dicté par l’amour du prochain, pour le respect de sa personne et tout le reste. Ça va être beau la semaine prochaine lorsque l’infirmière de l’école secondaire de Fils viendra parler d’autisme à lui et à ses huit autres camarades de classe!

Bon, calmons-nous.

Même si l’intention n’est pas de nous montrer que nous sommes de “mauvais” parents, disons que ça provoque en nous bien des questions, notamment sur notre manière d’élever Fils, plus particulièrement lorsque vient le temps de “dealer” avec son autisme. Je ne sais pas si les autres parents d’enfants autistes sont comme moi, mais parfois, je n’aime pas beaucoup cette “mise en doute” parce que justement, je doute.

Ça ne date pas d’hier. Je doute de tout, je doute de moi. Et avec l’autisme qui est entré à la maison par la porte d’en arrière parce qu’on avait oublié de la barrer ou plutôt parce que le petit vlimeux avait une clé passe-partout et que nonchalament, sans distinction, il a choisi de donner à Fils une toute nouvelle couleur dans sa tête, je doute encore plus !

Est-ce que je fais tout ce qu’il faut ? Est-ce que je le comprends comme il faut ? Est-ce que je m’assure prestement de son bonheur ? Est-ce que je fais bien de l’inscrire à telle ou telle activité ? À le faire suivre par tel ou tel spécialiste ? Fait-il des progrès ? Quel sera son avenir ? Oui, je doute. Oui, ma femme doute aussi. C’est normal de douter. C’est un instinct naturel.

Et lorsqu’on contribue au doute, cela empire.

“Ne dîtes pas devant lui qu’il est autiste…” Parce que le lui rappeler, semble-t-il que ça pourrait le faire sentir “cheap”, inférieur, différent des autres, moins bons, moins performant et j’en passe. C’est de bon coeur, mais personnellement, sachez que je ne suis pas d’accord.

Sachez que je comprends fort bien leurs craintes. Si je le traitais de “maudit aut…” ou de “mong…” comme j’ai déjà entendu, je mériterais vos réprimandes, voire votre colère. Parler pour parler, il m’arrive de dire “maudit autiSME de m…” après avoir survécu à une énième crise dans un endroit public où je me suis fait demander par Fils pendant 15 minutes “pourquoi tu m’as enlevé ma tablette ? T’avais pas le droit, tu me l’as volé” sur tous les tons, avec les pleurs, la colère, après m’être fait servi un “hos… de cal…” pour imiter je-nes-sais plus qui ou quoi qui parlait de la sorte pour faire sortir la lave de son volcan, etc.

L’autisme est un état. C’est l’état de Fils. Comme d’autres sont TDA ou TDAH ou Tourette ou Down ou Neurotypique ou quoi que ce soit d’autres.

Comprenez aussi que ne nous ne voyons pas l’autisme comme une étiquette négative. Donc, on en parle devant lui. De toute manière, nous sommes tous étiquettés. Je le dis à Fils parce qu’il doit être conscient de ce qu’il est. À mes yeux, l’autisme n’est pas une tare. C’est ce que je lui dis.

Tout le monde est différent. Ça, je le lui dis aussi.

Il n’y a pas de normalité, tout le monde part du point A et arrive au point B de toutes les façons possibles. Ça, je le lui dis aussi.

Mais il doit comprendre qui il est. Ce n’est pas le rabaisser, c’est l’aider à mieux se définir, à mieux se comprendre, À MIEUX S’ACCEPTER.

Il doit comprendre qu’il vit dans une société qui privilégie un certain type de pensée que l’on appelle neurotypique.

Je ne peux pas lui cacher son état. Je ne peux pas faire semblant de rien, d’autant plus que Fils est dans une classe TSA, une classe spécialement conçue pour son état. Une classe dans laquelle il s’épanouit à son rythme. Une classe qui, jusqu’à maintenant, fait ses preuves. Une classe qui, jusqu’à maintenant, respecte son rythme d’apprentissage. Une classe qui, jusqu’à maintenant, s’adapte à sa curiosité

Voilà. J’espère que je n’ai heurté personne.

 

 

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